Qu’on en juge : lorsque Antoine Jouteau débarque dans la start-up à trente-trois ans – l’« âge du Christ », s’amuse-t-il, une nouvelle vie en somme… –, ils sont quatre sur le plateau de bureaux à Levallois-Perret, près de Paris ; le site fait alors 5 millions d’euros de chiffre d’affaires et n’a pas de « business model ». Six mois plus tard, Leboncoin.fr rentre dans le top 50 des sites les plus consultés en France, puis gagne 10 places tous les six mois. Il figure aujourd’hui au 6e rang. Quand le groupe Spir vend en 2011 sa participation de 50 % à son allié, le Norvégien Schibsted, l’entreprise est valorisée 400 millions d’euros, les analystes l’estiment désormais à 2 milliards, avec quelque 250 salariés.
Cas unique au monde, souligne son nouveau boss, Leboncoin.fr est numéro un du marché des petites annonces sur Internet dans les quatre catégories « reines » : l’immobilier, l’emploi, les biens de consommation et l’automobile.
À tel point que le site peut se revendiquer premier concessionnaire Ferrari et Lamborghini ! De voiture, Antoine Jouteau n’a pas besoin pour rejoindre son lieu de travail. Il prend le métro depuis son domicile familial aux Lilas, de l’autre côté du périph’. Et quand il le peut, il fait en sorte de rentrer pour dîner avec ses enfants de huit et quatre ans. La culture scandinave du groupe Schibsted a du bon. « On demande aux gens d’avoir des résultats, pas de rester jusqu’à 22 heures au bureau », explique le jeune dirigeant.
Après avoir quitté PagesJaunes, un groupe de 4 500 personnes, pour satisfaire son « envie d’être entrepreneur », Antoine Jouteau est comblé. Enfin… pas tout à fait. « Y’a pas de limites au ciel, on peut encore repousser nos frontières, battre nos records », assure posément ce diplômé d’un DESS Marketing à Paris Dauphine.
Ce n’est pas un hasard si un patron du groupe norvégien, sur le départ, lui offrit à l’occasion d’un pot un… bulldozer. Antoine Jouteau se décrit en effet comme « disruptif ». Plus introverti que son ami Olivier Aizac, le cofondateur de Leboncoin.fr auquel il succède et avec lequel il partage « exactement la même vision », maniant l’humour avec ironie quand celui-ci est plutôt pince-sans-rire, il aime faire bouger les lignes.
Il y en a une, pourtant, de laquelle il ne déviera pas, c’est celle qui trace les valeurs de l’entreprise en quatre mots : pragmatisme, proximité, exigence et simplicité. À son image.
Antoine Boudet, « Antoine Jouteau a choisi le bon coin », Les Echos, 11 février 2015.